Origine
La musique afro-brésilienne est le fruit d’un métissage culturel entre les traditions africaines et les influences européennes et indigènes au Brésil. Ce style musical riche et varié trouve ses racines dans l’esclavage, lorsque des millions d’Africains ont été déportés vers les Amériques, apportant avec eux leurs traditions musicales, leurs instruments et leurs rythmes. Le Candomblé et le Maracatu sont deux des expressions les plus significatives de cette fusion culturelle.
Candomblé
Le Candomblé est plus qu’un style musical; c’est une religion afro-brésilienne qui vénère les orixás, des divinités d’origine africaine. Les esclaves africains, principalement des régions de l’Afrique de l’Ouest comme le Bénin et le Nigeria, ont introduit le Candomblé au Brésil. Salvador de Bahia est souvent considérée comme le berceau du Candomblé au Brésil.
Maracatu
Le Maracatu est une tradition musicale et de danse originaire de l’État de Pernambuco, dans le nord-est du Brésil. Il est né dans les communautés d’esclaves africains et est fortement influencé par les rituels de couronnement des rois et reines noirs lors du Carnaval.
Historique
Candomblé
Le Candomblé s’est développé au Brésil au XVIIIe siècle, à un moment où l’Église catholique cherchait à convertir les esclaves africains au christianisme. Pour préserver leurs croyances, les esclaves ont dissimulé leurs divinités sous l’apparence des saints catholiques, créant un syncrétisme unique. Le Candomblé a prospéré malgré la répression et a joué un rôle crucial dans la préservation de l’identité africaine au Brésil.
Les terreiros, lieux de culte du Candomblé, sont des espaces sacrés où les cérémonies rituelles ont lieu. Ces cérémonies impliquent des chants, des danses et des percussions en l’honneur des orixás. Chaque orixá a sa propre musique, rythme et danse associés, constituant ainsi un répertoire musical riche et varié.
Maracatu
Le Maracatu trouve ses origines au début du XVIIe siècle, lorsque les esclaves africains ont commencé à organiser des couronnements pour leurs rois et reines lors du Carnaval. Ces cérémonies étaient à la fois une résistance culturelle et un moyen de préserver les traditions africaines. Le Maracatu s’est scindé en deux formes principales : le Maracatu de Baque Virado, qui se concentre sur la percussion et la danse, et le Maracatu de Baque Solto, plus influencé par les traditions rurales.
Au XXe siècle, le Maracatu a gagné en popularité grâce à des artistes tels que Chico Science, qui ont intégré des éléments de Maracatu dans le mouvement Mangue Beat, fusionnant musique traditionnelle et contemporaine.
Instruments
Candomblé
Les instruments du Candomblé sont principalement des percussions. Les atabaques, tambours en bois recouverts de peau animale, sont essentiels. Ils existent en trois tailles : le rum (le plus grand), le rumpi (moyen) et le lé (le plus petit). Ces tambours créent les rythmes complexes qui accompagnent les chants et danses.
Le agogô, une cloche en métal, est utilisé pour marquer le rythme. Les caxixis, sortes de petites maracas, ajoutent une texture sonore particulière.
Maracatu
Dans le Maracatu, la percussion joue également un rôle central. Le alfaia, un grand tambour, produit des sons puissants grâce à son corps en bois et sa peau en cuir. Le caixa, un tambour plus petit, et le tarol, une sorte de caisse claire, complètent la section rythmique.
Le gonguê, une cloche métallique, et le agbê, une sorte de hochet fait de perles nouées autour d’une calebasse, enrichissent encore plus la palette sonore du Maracatu.
Structure Musicale
Candomblé
La musique du Candomblé est modale, basée sur des motifs répétitifs qui varient selon l’orixá invoqué. Chaque morceau commence généralement par une introduction instrumentale suivie de chants responsoriaux entre un soliste et un chœur. Les mélodies sont souvent pentatoniques, et les rythmes syncopés sont caractéristiques, créant un effet hypnotique.
Maracatu
Le Maracatu utilise des rythmes polyrythmiques complexes, souvent en 4/4. Les percussions établissent la structure rythmique, autour de laquelle s’articulent les chants. Les mélodies sont souvent basées sur des modes mineurs, et l’accent est mis sur l’interaction entre les différents instruments.
Danses
Candomblé
Les danses du Candomblé sont intrinsèquement liées aux cérémonies religieuses et varient selon l’orixá célébré. Chaque orixá a des mouvements spécifiques qui symbolisent ses caractéristiques et ses histoires. Par exemple, la danse pour Oxum, déesse de la beauté et de l’amour, est gracieuse et fluide, tandis que celle pour Ogum, dieu de la guerre, est plus énergique et martiale.
Maracatu
La danse du Maracatu est un spectacle visuel et sonore. Les danseurs portent des costumes colorés et des coiffes élaborées, imitant les vêtements royaux. Les pas de danse incluent des mouvements de pieds rapides, des balancements de hanches et des gestes de bras expressifs, symbolisant la fierté et la résistance culturelle.
Exemples de Danses
1. **Danse du Candomblé pour Oxum** : Une vidéo illustrant la grâce et la fluidité des mouvements associés à Oxum.
2. **Maracatu Nação Estrela Brilhante** : Une performance traditionnelle de Maracatu avec des costumes riches et des percussions dynamiques.
Exemples Musicaux
1. **Chico Science & Nação Zumbi – « Maracatu Atômico »** : Une fusion de Maracatu et de rock, symbolisant le mouvement Mangue Beat.
2. **Gal Costa – « Festa do Interior »** : Une chanson qui intègre des éléments de musique afro-brésilienne.
Artistes
Gilberto Gil
Figure emblématique de la musique brésilienne, Gilberto Gil a souvent intégré des éléments de musique afro-brésilienne dans ses compositions. Sa carrière a débuté dans les années 1960 avec le mouvement Tropicalia. Il est reconnu pour sa capacité à fusionner différentes influences musicales, du reggae à la samba.
Chico Science
Pionnier du mouvement Mangue Beat, Chico Science a revitalisé le Maracatu en le mélangeant avec du punk, du funk et du hip-hop. Originaire de Recife, il a marqué la scène musicale des années 1990 avant sa mort tragique en 1997.
***video à venir***
Gal Costa
Chanteuse influente de la MPB (Musique Populaire Brésilienne), Gal Costa a exploré divers genres musicaux, y compris la musique afro-brésilienne. Sa voix puissante et expressive a conquis le public depuis les années 1970.
Carlinhos Brown
Percussionniste et chanteur, Carlinhos Brown est connu pour son style énergique et ses performances captivantes. Originaire de Salvador, il a joué un rôle crucial dans la redécouverte et la promotion des rythmes afro-brésiliens à l’échelle internationale.
Marisa Monte
Marisa Monte a collaboré avec de nombreux artistes de musique afro-brésilienne, intégrant ces influences dans son propre travail. Sa voix douce et son approche éclectique ont fait d’elle une artiste respectée dans le monde entier.
***video à venir***
Ilê Aiyê
Fondé en 1974 à Salvador, Ilê Aiyê est un groupe culturel et musical qui promeut la culture afro-brésilienne. Connu pour son rôle dans le Carnaval de Salvador, Ilê Aiyê mélange musique traditionnelle et contemporaine.
La musique afro-brésilienne, à travers des styles comme le Candomblé et le Maracatu, continue d’influencer le paysage musical mondial. Ces genres sont non seulement des expressions artistiques mais aussi des témoignages vivants de la résistance et de la résilience culturelles des afro-descendants au Brésil.