Origine

La doina est un style musical profondément enraciné dans la culture roumaine, particulièrement en Transylvanie. Elle est considérée comme l’une des expressions musicales les plus authentiques et intimes du folklore roumain. Le terme « doina » pourrait être dérivé du mot latin « dolenia », signifiant « douleur » ou « tristesse », bien que cette origine soit sujette à débat. La doina est souvent interprétée en solo, mettant en avant l’émotion et la profondeur personnelle de l’artiste.

Historiquement, la doina est associée aux bergers et aux paysans, qui exprimaient leurs sentiments de solitude, de mélancolie, et de nostalgie à travers ce style musical. Elle sert de moyen de communication pour exprimer des émotions complexes, allant de la tristesse à la joie, en passant par la contemplation et la révolte. En Transylvanie, la doina trouve sa place dans les montagnes et les vallées, où l’écho naturel amplifie sa résonance émotionnelle.

Historique

L’histoire de la doina remonte à plusieurs siècles, bien avant l’établissement de la Roumanie moderne. Elle est profondément liée à l’histoire sociale et culturelle de la région. À l’époque médiévale, la Transylvanie était un carrefour de cultures, influencée par les Hongrois, les Saxons, et les Turcs. Cette mosaïque culturelle a contribué à enrichir la diversité musicale de la région.

Au XIXe siècle, la doina a gagné en popularité grâce aux efforts de collectionneurs et de folkloristes, tels que Constantin Brăiloiu et Béla Bartók, qui ont documenté et enregistré de nombreuses doinas. Ces enregistrements ont permis de préserver des formes pures de doina, tout en influençant des compositeurs classiques.

Dans la période communiste, la doina a été utilisée comme un symbole de l’identité nationale roumaine. Des figures emblématiques comme Maria Tănase ont rendu la doina populaire à l’échelle nationale et internationale, malgré les tentatives du régime de contrôler son message et son interprétation. Depuis la chute du communisme, la doina connaît un renouveau, s’adaptant aux nouvelles influences tout en préservant son essence.

Instruments

La doina peut être interprétée vocalement ou instrumentale. Les instruments typiquement utilisés incluent :

– **Flûte (fluier)** : Un instrument à vent traditionnel, souvent fait de bois, utilisé pour sa capacité à transmettre des émotions subtiles. La flûte est essentielle dans l’interprétation de la doina, reproduisant les nuances de la voix humaine.

– **Taragot** : Souvent associé aux musiques traditionnelles de Transylvanie, le taragot est un instrument à vent semblable au clarinet. Il est connu pour son timbre chaud et expressif, idéal pour la doina.

– **Cimbalom** : Un instrument à cordes frappées, le cimbalom ajoute une dimension harmonique riche à la doina. Il est souvent utilisé dans les ensembles pour accompagner la voix ou d’autres instruments.

– **Violon** : Extrêmement versatile, le violon permet une grande expressivité et est souvent utilisé pour interpréter des doinas soit en solo, soit en accompagnement.

– **Cobza** : Un instrument à cordes pincées similaire au luth, la cobza est utilisée pour son ton riche et résonant, apportant une profondeur mélodique à la doina.

Structure Musicale

La doina est généralement improvisée, ce qui signifie qu’il n’existe pas de structure fixe. Cependant, elle est souvent basée sur des modes musicaux spécifiques, tels que le mode dorien ou mixolydien. Ces modes créent une ambiance mélancolique et introspective.

Harmoniquement, la doina est simple, souvent centrée autour d’une tonalité principale, avec peu de modulation. Mélodiquement, elle est caractérisée par des ornements et des glissandos qui imitent la voix humaine. Le rythme est libre et non mesuré, ce qui permet à l’interprète de s’exprimer pleinement.

Danses

En Transylvanie, la doina est rarement associée à des danses, car elle est principalement une forme musicale vocale ou instrumentale introspective. Cependant, elle peut servir d’introduction ou d’interlude à des danses plus rapides et rythmées, comme la « hora » ou la « sârba ».

La « hora » est une danse en cercle, où les participants se tiennent par la main, exécutant des pas simples et répétitifs. La « sârba » est plus rapide, avec des sauts et des mouvements plus énergiques. La doina offre une pause contemplative avant de reprendre l’énergie des danses collectives.

Exemples de Danses

Hora

Sârba

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Exemples Musicaux

« Doina Oltului » par Maria Tănase

« Doina din Maramureș » par Gheorghe Zamfir

« Doina de Jale » par Ion Dragoi

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Artistes

Maria Tănase

Maria Tănase, surnommée la « Édith Piaf roumaine », a joué un rôle crucial dans la popularisation de la musique folklorique roumaine, y compris la doina. Née en 1913 à Bucarest, elle a commencé sa carrière dans les années 1930 et est devenue une figure emblématique de la musique roumaine. Ses interprétations émotionnelles et son charisme ont captivé des générations d’auditeurs.

Gheorghe Zamfir

Maître de la flûte de Pan, Gheorghe Zamfir est l’un des musiciens roumains les plus célèbres au monde. Né en 1941 à Găești, il a révolutionné la musique folklorique en introduisant la flûte de Pan dans des contextes musicaux variés. Son interprétation de la doina est reconnue pour sa profondeur émotionnelle.

Ion Dragoi

Violoniste virtuose, Ion Dragoi est connu pour ses interprétations authentiques de la musique folklorique roumaine, en particulier de la doina. Né en 1950, il a consacré sa vie à préserver et à transmettre la richesse du folklore roumain.

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Grigore Leșe

Grigore Leșe est un chanteur roumain connu pour sa voix puissante et son engagement envers la préservation de la musique traditionnelle roumaine. Originaire de Maramureș, il est reconnu pour ses interprétations de doinas qui capturent l’essence de la culture rurale roumaine.

Dumitru Fărcaș

Dumitru Fărcaș était un célèbre joueur de taragot, né en 1938 dans le village de Groși. Il est reconnu pour avoir apporté le taragot au premier plan de la musique folklorique roumaine. Ses interprétations de la doina sont appréciées pour leur expressivité et leur virtuosité.

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Ioan Bocșa

Ioan Bocșa, né en 1947, est un éminent chanteur de musique folklorique roumaine. Professeur de musique et directeur d’ensembles folkloriques, il a contribué à la préservation de la doina à travers ses recherches et ses performances.

Conclusion

La doina reste une partie intégrante de l’identité culturelle roumaine, particulièrement en Transylvanie. Elle est une expression de l’âme roumaine, capturant des émotions complexes à travers une musique simple mais profondément émotive. Sa préservation et son évolution témoignent de la richesse du patrimoine musical roumain et de sa capacité à toucher les cœurs à travers les générations.

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