# Les Polyphonies d’Épire : Une Exploration Approfondie

Origine

Les polyphonies d’Épire sont un style musical profondément enraciné dans la région d’Épire, située au nord-ouest de la Grèce et au sud de l’Albanie. Cette région montagneuse et historiquement riche est le berceau d’une tradition musicale qui remonte à des siècles, voire des millénaires. Les polyphonies d’Épire sont une forme unique de musique vocale qui se distingue par ses harmonies complexes et son caractère profondément émotionnel. Cette musique est souvent associée aux anciennes traditions des peuples préhelléniques, tels que les Pélasges, qui habitaient cette région avant l’arrivée des Grecs.

Historique

L’histoire des polyphonies d’Épire est intimement liée aux mouvements historiques et socio-culturels de la région. L’Épire, en raison de sa position géographique stratégique, a été le carrefour de nombreuses civilisations, notamment les Grecs, les Romains, les Byzantins, les Ottomans, et plus tard, les Albanais. Chacune de ces civilisations a laissé une empreinte sur le patrimoine culturel de la région, y compris sa musique.

Les premières traces de polyphonie en Épire peuvent être retracées à l’époque de l’Empire byzantin, lorsque la région était un centre culturel et religieux. Les chants liturgiques byzantins ont probablement influencé les polyphonies locales, en introduisant des éléments d’harmonisation vocale. Cependant, c’est sous l’occupation ottomane que la musique polyphonique d’Épire a vraiment pris son essor. Les Ottomans, tout en imposant leur domination, ont permis une certaine autonomie culturelle, ce qui a permis aux traditions locales de prospérer.

La polyphonie d’Épire a toujours été un symbole de résistance culturelle et de cohésion sociale. Pendant les périodes de conflit, comme la guerre gréco-turque et la Seconde Guerre mondiale, ces chants ont servi de moyen de préserver l’identité culturelle et de transmettre des récits historiques et des émotions collectives. Au XXe siècle, avec la montée des mouvements nationaux, les polyphonies ont acquis une nouvelle dimension en tant que symbole de l’identité grecque et albanaise.

Instruments

La polyphonie d’Épire est principalement vocale, mais elle est souvent accompagnée d’instruments qui enrichissent la texture musicale. Les instruments typiques incluent :

1. **La Clarine (κλαρίνο)** : Un instrument à vent similaire à la clarinette, omniprésent dans la musique épirienne. Il joue des mélodies ornementées et sert souvent de base harmonique pour le chant polyphonique.

2. **Le Laouto (λαούτο)** : Une sorte de luth à cordes pincées, utilisé pour accompagner les chants avec des accords et des lignes mélodiques.

3. **Le Defi (ντέφι)** : Un tambourin qui fournit un rythme soutenu et ajoute une dimension percussive aux performances.

4. **La Viole (βιολί)** : Utilisée parfois pour jouer des mélodies ou des contrepoints, ajoutant une richesse harmonique supplémentaire.

Structure Musicale

Les polyphonies d’Épire se caractérisent par leur structure musicale unique, qui repose sur un système complexe de modes et d’harmonies. Ces chants comprennent généralement plusieurs voix, chacune jouant un rôle spécifique :

– **La Voix Soliste (Παραστάτης)** : Elle chante la mélodie principale et est souvent suivie par les autres voix.

– **Les Voix de Soutien (Κουρτζής)** : Elles fournissent l’harmonisation et enrichissent la texture musicale avec des contrepoints et des harmonies.

– **La Voix de la Drone (Ισοκράτης)** : Elle maintient une note continue, servant de fondement harmonique et stabilisant l’ensemble.

Les chants polyphoniques utilisent des modes traditionnels, souvent pentatoniques, qui diffèrent des gammes majeures et mineures de la musique occidentale. Les modulations et les dissonances jouent un rôle crucial dans l’expression émotionnelle de cette musique.

Danses

Les danses associées aux polyphonies d’Épire sont tout aussi importantes que la musique elle-même. Elles sont souvent exécutées lors de célébrations communautaires, de mariages et de festivals. Les danses épiriennes sont généralement circulaires ou en ligne, impliquant des mouvements synchronisés qui reflètent la complexité des chants.

Pas et Chorégraphies

1. **Tsamikos** : Une danse en cercle avec des mouvements lents et majestueux. Les danseurs se tiennent par les épaules et effectuent des pas mesurés, souvent avec des levées de jambes gracieuses.

2. **Pogonisios** : Originaire de la région de Pogoni, cette danse est plus rapide et implique des pas rapides et des sauts légers.

3. **Kleftikos** : Inspirée des rebelles klephtes, cette danse est énergique et héroïque, symbolisant la bravoure et la résistance.

Exemples de Danses

– Tsamikos :

– Pogonisios :

– Kleftikos :

Exemples Musicaux

Les polyphonies d’Épire ont été interprétées par de nombreux groupes et artistes, chacun apportant sa touche personnelle à cette tradition. Voici quelques exemples de ces œuvres.

– « Mirolóï » par le groupe Polyphonica :

– « Arachovitis » par le Chœur Polyphonique d’Épire :

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– « Skaros » interprété par Vassilis Soukas :

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Artistes

De nombreux artistes ont contribué à la préservation et à la diffusion des polyphonies d’Épire. Voici quelques figures majeures et émergentes de cette scène musicale.

1. **Vassilis Soukas** : Un clarinettiste de renom, Vassilis Soukas a joué un rôle crucial dans la popularisation de la musique épirienne. Son style est caractérisé par des improvisations virtuoses et une profonde sensibilité musicale.

2. **Petros Loukas Chalkias** : Un autre maître de la clarinette, Petros Loukas est connu pour sa capacité à capturer l’essence émotionnelle des polyphonies d’Épire.

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3. **Domna Samiou** : Bien que principalement connue pour ses recherches et ses interprétations de musique traditionnelle grecque, Domna Samiou a également exploré les polyphonies d’Épire, apportant une attention académique précieuse à cette tradition.

4. **Lakis Chalkias** : Issu d’une famille de musiciens, Lakis Chalkias a apporté une approche moderne aux polyphonies d’Épire, tout en respectant les traditions.

5. **Elena Ledda** : Bien qu’originaire de Sardaigne, Elena Ledda a collaboré avec des musiciens d’Épire pour créer des fusions musicales uniques.

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6. **Giorgos Koros** : Un violoniste qui a intégré des éléments des polyphonies d’Épire dans ses compositions, Giorgos Koros est reconnu pour sa capacité à mélanger tradition et innovation.

Conclusion

Les polyphonies d’Épire représentent bien plus qu’un simple genre musical. Elles sont le reflet d’une histoire riche, d’une culture résiliente et d’une communauté soudée. En explorant les origines, l’histoire, les instruments, la structure musicale, les danses et les artistes associés à cette tradition, on découvre une forme d’art qui continue de captiver et d’inspirer. Les polyphonies d’Épire sont un témoignage vivant de la diversité et de la richesse du patrimoine musical européen, unissant les gens à travers le temps et l’espace avec leurs mélodies envoûtantes et leurs harmonies poignantes.

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